La modification des heures creuses entre dans sa phase principale. Entre décembre 2026 et octobre 2027, 9,3 millions de clients doivent recevoir de nouveaux créneaux. Certains appareils s’adapteront automatiquement, tandis que d’autres continueront d’utiliser leurs anciens horaires.
La différence ne dépend pas vraiment du type d’appareil, mais de la manière dont il est piloté. Un chauffe-eau peut suivre directement le signal du compteur ou fonctionner avec une horloge indépendante. De la même façon, une borne de recharge peut communiquer avec Linky, utiliser une programmation interne ou obéir à l’application du véhicule. Pour savoir quoi reprogrammer, il faut donc comprendre comment l’information circule entre le compteur et les équipements.
Pourquoi les heures creuses changent-elles ?
Les heures creuses ont historiquement été concentrées la nuit, lorsque la consommation électrique était faible. Le développement de la production photovoltaïque modifie cet équilibre : certaines périodes de l’après-midi disposent désormais d’une production abondante alors que la consommation reste relativement modérée.
La réforme décidée par la Commission de régulation de l’énergie vise à mieux faire coïncider la consommation avec ces périodes de disponibilité.
Chaque client concerné conservera huit heures creuses par jour. En règle générale, au moins cinq heures consécutives resteront placées la nuit, entre 23 h et 7 h. Les heures restantes pourront se situer entre 11 h et 17 h. Pour une partie des clients, les horaires seront différents en été et en hiver.
Les créneaux exacts restent déterminés localement par Enedis. Deux logements voisins peuvent donc ne pas disposer exactement des mêmes horaires. Le fournisseur doit prévenir le client au moins un mois avant la modification.
Linky ne commande pas directement tous les appareils
Le compteur Linky dispose de deux mécanismes pouvant être utilisés pour piloter des équipements :
- le contact sec, qui transmet un ordre simple ;
- la téléinformation client, ou TIC, qui fournit plusieurs données électriques et tarifaires.
Ces deux interfaces ne remplissent pas la même fonction.
Le contact sec : un ordre de marche ou d’arrêt
Le contact sec, généralement associé aux bornes C1 et C2, fonctionne comme un interrupteur commandé par le compteur. Il se ferme lorsque le calendrier tarifaire prévoit l’activation de l’usage associé et s’ouvre lorsque cette période se termine.
Il ne fournit pas directement la puissance nécessaire au chauffe-eau. Son rôle consiste à commander un contacteur installé dans le tableau électrique. C’est ce contacteur qui autorise ou interrompt l’alimentation du ballon.
Calendrier tarifaire → compteur Linky → contact sec → contacteur jour/nuit → chauffe-eau
Lorsque les horaires changent, le compteur reçoit le nouveau calendrier et modifie automatiquement les périodes de fermeture du contact. Si le chauffe-eau est correctement raccordé et que le contacteur se trouve en position automatique, aucune reprogrammation n’est nécessaire.
La notice du compteur présente explicitement le contact sec comme un dispositif permettant de mettre en marche ou d’arrêter automatiquement un appareil, notamment un ballon d’eau chaude.
La TIC : un flux de données à interpréter
La téléinformation client va plus loin. Elle transmet notamment la consommation, la puissance appelée et la période tarifaire en cours.
Cependant, la TIC ne prend aucune décision à la place de l’équipement. La borne de recharge, le gestionnaire d’énergie ou le système domotique doit être compatible avec le format utilisé, être physiquement ou radio-électriquement relié au compteur et avoir été correctement configuré.
Une borne peut ainsi utiliser les données de Linky pour :
- démarrer pendant les heures creuses ;
- réduire sa puissance lorsque le logement consomme beaucoup ;
- éviter un dépassement de la puissance souscrite ;
- appliquer un calendrier tarifaire particulier.
La présence d’un compteur Linky ne suffit donc pas. Enedis précise que tous les équipements commercialisés ne sont pas compatibles et que la liaison peut utiliser la TIC, le contact sec ou un gestionnaire d’énergie intermédiaire.
Quels appareils s’adapteront automatiquement ?
| Équipement | Mode de pilotage | Adaptation automatique |
|---|---|---|
| Chauffe-eau avec contacteur jour/nuit relié au compteur | Contact sec | Oui, si le contacteur est en mode automatique |
| Chauffe-eau commandé par une horloge indépendante | Programmateur horaire | Non |
| Borne de recharge reliée à la TIC | Données Linky interprétées par la borne | Oui, si elle est compatible et configurée |
| Borne commandée par le contact sec | Ordre tarifaire simple | Oui, selon son paramétrage |
| Recharge programmée dans l’application de la voiture | Horloge interne ou service cloud | Non |
| Lave-linge ou lave-vaisselle avec départ différé | Horloge interne | Non |
| Prise connectée avec des horaires fixes | Programmation locale ou cloud | Non |
| Système domotique exploitant la TIC | Automatisation basée sur les données Linky | Cela dépend des règles configurées |
| Radiateur à accumulation piloté par un contacteur | Contact sec | Oui |
| Appareil lancé manuellement | Aucun automatisme | Non |
Cette distinction corrige une idée fréquente : toutes les bornes de recharge ne suivront pas automatiquement les nouveaux créneaux. Une borne compatible avec la TIC doit être reliée au compteur et configurée pour utiliser cette communication.
Comment reconnaître un chauffe-eau piloté par Linky ?
Un chauffe-eau utilisant le signal tarifaire dispose généralement d’un contacteur jour/nuit dans le tableau électrique. Sa commande comporte habituellement trois positions :
- 0 : arrêt forcé ;
- Auto : fonctionnement commandé par les heures creuses ;
- I ou 1 : marche forcée.
Pour que le ballon suive automatiquement les nouveaux horaires, le contacteur doit rester en position Auto.
La marche forcée peut servir ponctuellement lorsqu’il faut produire de l’eau chaude en dehors des heures creuses. Sur certains modèles, le contacteur revient automatiquement en mode normal à la réception du prochain signal ; le comportement exact doit être vérifié dans sa documentation.
Il n’est pas nécessaire d’ouvrir le tableau pour observer la position de la commande lorsqu’elle est accessible en façade. En revanche, toute vérification du câblage doit être confiée à une personne qualifiée.
Une borne de recharge « connectée » n’est pas forcément connectée à Linky
Le terme connectée peut simplement signifier que la borne dispose du Wi-Fi, d’une application ou d’un accès au cloud. Cette connexion Internet ne garantit pas qu’elle reçoive les informations du compteur électrique.
La borne suit une programmation fixe
L’utilisateur lui indique de démarrer, par exemple, à 1 h du matin. Si les heures creuses passent à 2 h ou sont réparties entre la nuit et l’après-midi, la programmation ne change pas automatiquement.
La borne est pilotée par le véhicule
Les horaires sont enregistrés dans l’ordinateur de bord ou l’application du constructeur. Là encore, le véhicule ne connaît généralement pas le nouveau calendrier envoyé au compteur.
La borne communique avec Linky
Une liaison TIC ou un contact sec permet à la borne de connaître la période tarifaire. Elle peut alors déclencher ou moduler la recharge selon sa configuration.
Même dans ce dernier cas, il faudra vérifier que la fonction est activée. La TIC peut également servir uniquement au délestage dynamique sans nécessairement imposer un démarrage pendant les heures creuses.
Les prises connectées et la domotique devront-elles être modifiées ?
Une prise connectée utilisant une programmation horaire fixe ignore le calendrier du compteur. Ses plages devront être modifiées dans l’application.
Le même problème se pose avec les scénarios domotiques déclenchés à une heure précise :
Si heure = 01:00, démarrer la recharge.
Ce type de règle devra être adapté manuellement. Une automatisation fondée sur l’état tarifaire est plus robuste :
Si la période tarifaire passe en heures creuses, autoriser la recharge.
Cette seconde méthode nécessite une source capable de transmettre l’information tarifaire au système domotique : lecteur TIC, gestionnaire d’énergie compatible ou intégration proposée par un équipement intermédiaire.
La réforme illustre ainsi une différence fondamentale entre une maison simplement programmable et une maison réellement pilotée par les données.
Attention aux changements saisonniers
Pour les clients de la seconde phase, les créneaux peuvent différer entre la période estivale, du 1er avril au 31 octobre, et la période hivernale, du 1er novembre au 31 mars.
Un programmateur indépendant pourrait donc devoir être modifié :
- lors de l’attribution initiale des nouvelles heures creuses ;
- au passage à la période estivale ;
- au retour à la période hivernale.
Il ne faut néanmoins pas appliquer un calendrier trouvé sur Internet. Les horaires sont individualisés et doivent être vérifiés sur la facture, dans l’espace client du fournisseur ou dans le courrier annonçant le changement.
Comment vérifier son installation sans prendre de risque ?
Une vérification peut être réalisée sans démonter le compteur ni intervenir sur des conducteurs électriques :
- relever les nouveaux horaires communiqués par le fournisseur ;
- dresser la liste des équipements programmés ;
- identifier si chacun utilise le signal Linky, une application ou une horloge interne ;
- vérifier visuellement que le contacteur du chauffe-eau est en position automatique ;
- mettre à jour les programmations fixes ;
- observer l’historique de consommation après la bascule ;
- faire intervenir un électricien si le chauffe-eau ne démarre plus ou si le mode de pilotage reste impossible à identifier.
Attention : le compteur demeure sous tension même lorsque le disjoncteur général est coupé. Enedis demande de ne pas le démonter, de ne pas le déplacer et rappelle que certaines parties sont réservées aux professionnels.
Faut-il conserver l’option heures pleines/heures creuses ?
Le changement de créneau ne permet pas, à lui seul, de répondre à cette question. La rentabilité dépend de l’écart tarifaire de l’offre, du prix de l’abonnement et de la part de consommation pouvant réellement être déplacée.
Plutôt que d’utiliser un seuil universel, il est préférable d’examiner les données de consommation sur plusieurs mois. Un chauffe-eau, une voiture électrique ou une batterie domestique facilitent généralement le déplacement des usages. À l’inverse, un logement chauffé au gaz et consommant principalement en soirée peut moins profiter de l’option.
Ce qu’il faut retenir
Le compteur Linky s’adaptera automatiquement aux nouveaux créneaux, mais cela ne signifie pas que tous les équipements du logement feront de même.
Un appareil suivra la réforme sans intervention uniquement s’il reçoit et utilise réellement une information provenant du compteur. Les programmations basées sur une heure fixe devront être mises à jour, parfois deux fois par an.
La bonne question n’est donc pas « quel appareil faut-il reprogrammer ? », mais plutôt : qui fournit l’heure de démarrage à cet appareil ?
Une fois ce chemin de commande identifié, il devient beaucoup plus simple de savoir si la réforme sera transparente ou si une intervention dans l’application sera nécessaire.
Sources
- Enedis — Modification des heures creuses à partir du 1er novembre 2025
- Commission de régulation de l’énergie — FAQ sur le déplacement des heures creuses
- Enedis — Notice d’utilisation du compteur Linky
- Enedis — Rapport sur le pilotage de la recharge des véhicules électriques
- Schneider Electric — Connexion d’une borne de recharge à la TIC
- Legrand — Fonctionnement du contacteur jour/nuit
- Journal du Geek — Article ayant inspiré cette analyse
